Ah ben oui, Michel Bühler, il en a parcouru des dizaines de milliers de kilomètres, depuis qu'il a quitté en 1969 non pas les bancs de l'école mais le tableau noir. Mais ces kilomètres, s'il ne les a pas parcourus en ligne droite, préférant sans doute .. d'autres chemins .. .il n'a pas pour autant tourné sa veste.

Contrairement à d'autres révolutionnaires talentueux de la chanson ... il n'a pas vendu les photos de son mariage à Paris Match .. et ce n'est sans doute pas que faute d'intérêt pour les mariages ... Et s'il avouait un jour se souvenir d'avoir quelque peu bu avec des copains l'entier de leur première maison de disques, l'Escargot, Michel Bühler  tient encore debout sans avoir besoin de le chanter pour s'en convaincre. Il voyage, il écrit, il chante, il compose .. il se produit.

Il a été de tous les combats, de l'Asie du Sud-Est à Kaiseraugst et de l'Avalanche à l'Amérique Centrale et du Sud, sans oublier bien sûr la Palestine et l'Afrique. Et s'il était, lors de la fête à la chanson Romande de ceux qui n'oubliant pas de mentionner le copain absent, détenu à Bochuz pour objection de conscience, il a aussi eu droit à sa période de non programmation à la RSR, l'Avalanche ayant quelque peu défrisé les képis du moment. 

Ce serait donc assez mal le connaître que de lui dire, comme semble-t-il l'a fait un politicien suisse :  "tu n’en as pas marre d’être éternellement dans le camp des perdants? N’as-tu pas le sentiment de t’être trompé toute ta vie ? " .

Le camp des perdants ? Faut voir ! C'est  plutôt le camp de ceux qui voient plus loin que l'horizon. .. Rien d'étonnant de la part de ce sauvage qui proposait de "raser les alpes, qu'on voit la mer".

Campiche vient de sortir un ouvrage de poche qui reprend le titre d'un de ses CD  http://www.michelbuhler.com/images/13acp.jpg et d'un DVD-portrait réalisé par la douce Anne,  histoire de compliquer la vie à ceux qui voudraient se constituer une intégrale sans lui demander. On y retrouve une série de chroniques parues pendant cette dernière décennie dans  Résistance et dans le Courrier.   Bien agréable à relire, ou plutôt à lire, avouons le, quand on aime les textes, la plume, la voix et les musiques de Michel Bühler sans pour autant lire régulièrement les deux médias en question.

Ces chroniques, publiées telles quelles sans retouche, sont étonnantes. Elles sont l'exacte réponse à son copain le "vainqueur de droite droite". Certes les plus récentes conservent cette impression de gratter toujours dans le même sens et contre ce que la Suisse - et la France et le Monde - font .. mais  .. quant on lit les plus anciennes, on voit qu'on peut à la fois courir contre le vent et voir courir le vent comme on dit chez nous.

Prenez le temps de lire l'évolution de l'avis du saint-crix sur les éoliennes ou de l'humaniste sur l'importance de l'homo sapiens dans l'histoire de l'univers. Arrêtez-vous une seconde sur la description de la robotisation par celui qui a connu Bolex et chanté la Boillat. Ne ratez pas la visite guidée du XIVème arrondissement de Paris qui est l'un de ses points d'attache depuis qu'il a quitté le XIème Petite Roquette.  Vous saluerez avec lui Manouchian et Giacometti, Brassens et Servet, Schoelcher et le monde entier.

L'ouvrage se lit avec plaisir. Michel Bühler est plein de vie et de joie, très loin de l'amertume des perdants. Et sur l'éternelle question "c'était mieux avant ?" le vaudois répond "Ca dépend,p'tet ben qu'oui, p'tet ben qu'non".