Places financières: Genève s’affaiblit

Par Mary Vakaridis La Cité de Calvin chute de 10 rangs au classement mondial de l’influent «Global Financial Centers Index» et pointe à la 26 place. Zurich, également moins bien notée, fait à peine mieux.

Quelle dégringolade. En une année, la place financière genevoise a perdu 10  rangs pour terminer à la 26e place de l’influent «Global Financial Centers Index» (GFCI), compilé par le think thank Z/Yen Partners basé à Londres. La Cité de Calvin se retrouve ainsi derrière Vancouver, les îles Caïmans ou Osaka.

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Zurich ne fait guère mieux. Figurant à la 16e  place, la ville de la Limmat cède 7 marches d’un classement dont les vainqueurs sont, dans l’ordre, Londres, New York, Hongkong et Singapour. Ejectées du top 15 des premiers centres financiers mondiaux, les places helvétiques essuient ce revers en raison de contre-performances dans les catégories de la réputation, du capital humain et des infrastructures.

La fin du secret bancaire en cause

«La principale raison de ce recul est clairement la fin du secret bancaire, sanctionne Tobias Straumann, professeur à l’Université de Zurich. La crise financière de 2007 a parallèlement montré qu’UBS et Credit Suisse n’étaient pas en mesure de rivaliser avec les leaders mondiaux de la finance de New York et Londres. Les établissements nationaux se sont alors fait sortir du métier de la banque d’investissement, dans lequel les établissements anglo-saxons l’emportent haut la main.»

Le professeur d’histoire économique estime cependant que la place helvétique ne devrait pas tomber encore beaucoup plus bas à l’avenir. «En Suisse, le rôle de la place financière reste surreprésenté dans le PIB helvétique, par rapport à l’ensemble des activités économiques. C’est un signe d’excellence. Mais les établissements suisses appartiennent à la seconde ligue, loin derrière ceux de la City de Londres.»

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Avocat et fin connaisseur de la place financière, Douglas Hornung se montre plus pessimiste. «La Suisse est loin d’avoir touché le fond. Le pays a sacrifié l’avantage du secret bancaire sans rien obtenir en échange. L’accès au marché européen est une négociation remise aux calendes grecques par Bruxelles qui doit d’abord gérer les conditions du Brexit avec Londres.» Les banques suisses en sont ainsi réduites à voir leurs clients étrangers aujourd’hui régularisés leur préférer des établissements sur leur lieu de domicile, sans pouvoir leur proposer des services à l’extérieur des frontières helvétiques. Pire, les conseillers bancaires actifs dans le pays d’origine de la clientèle déploient une expertise au sujet des produits fiscalement intéressants à l’échelle locale que les instituts suisses n’ont pas les moyens de garantir. 

Le traumatisme des amendes

L’avocat genevois reprend: «Ce recul dans le classement résulte aussi du traumatisme des amendes en milliards de dollars assénées par les Etats-Unis. Face aux pressions internationales, les banques suisses n’osent plus se montrer offensives et se cantonnent dans l’ultralégalisme, en surrespectant les normes de conformité.»

Passé les belles années du secret bancaire, les banquiers suisses se trouvent aujourd’hui face à des conditions de marché beaucoup plus exigeantes. Car une fois déclarée, la clientèle se montre plus sourcilleuse au niveau des rendements et des charges. Conséquence, les banques continuent à se séparer de collaborateurs qui partent en petit nombre dans de discrètes mais régulières charrettes. Douglas Hornung soupire: «Beaucoup de petits établissements vont encore disparaître.»

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