Suisse : l'excédent budgétaire qui met la classe politique suisse en émoi

La Confédération misait sur un petit déficit de 225 millions d'euros. Les comptes 2017 se soldent par un bénéfice de 4,8 milliards... qui font polémique !

Publié le | Le Point.fr

Le ministre des Finances Ueli Maurer est très critiqué pour avoir sous-évalué les rentrées fiscales qui ont généré un excédent budgétaire inattendu. 


Quand il s'agit de compter, les Helvètes se rapprochent davantage des Allemands que des Français ou des Italiens. La règle est de ne pas dépenser plus que ce que l'on gagne. Ou à peine plus. Ueli Maurer, le ministre des Finances, n'évoque jamais un déficit sous la barre des 3 %, ni même des 1 %. Non, il prévoyait pour 2017 un solde négatif de 250 millions de francs suisses. Et, divine surprise, les comptes se soldent par un surplus de 4,8 milliards ! De quoi faire rêver les locataires de Bercy.

Ce n'est pas la première fois. Comme le rappelle L'Agefi, le quotidien suisse de la finance, en 2015, le bénéfice était de 2,3 milliards de francs et, en 2016, de 800 millions. Malgré tout, personne ne s'attendait à récolter une telle cagnotte. Ueli Maurer, en argentier avisé, a aussitôt décidé de se constituer une provision exceptionnelle de 2 milliards de francs suisses. Ce solde positif reste d'autant plus inattendu que la Suisse n'est pas en excellente forme. L'année dernière, la croissance du PIB n'a été que de 1 % – les prévisionnistes tablent sur 2,3 % en 2018.

Ce bénéfice est principalement dû à des recettes supérieures de l'impôt anticipé. En Suisse, les particuliers et les entreprises ne payent pas leurs impôts sur l'année précédente, mais sur l'année en cours.

"Embarrassée"

Malgré cela, Ueli Maurer, membre de l'Union démocratique du centre (UDC), n'a guère été félicité. Le Parti socialiste considère qu'il « ne maîtrise pas ses finances » (sic) et que, « d'année en année, c'est toujours le même spectacle désolant au sein du département fédéral [ministère] des Finances ». Ueli Maurer est également accusé de faire des « cadeaux fiscaux aux grandes entreprises ». Quant aux démocrates-chrétiens, ils demandent un débat parlementaire, tenant à garder « une marge de manœuvre supplémentaire pour mener les réformes et investissements indispensables ».

Ueli Maurer se fait même critiquer au sein de sa propre organisation, l'UDC, qui est à la fois le principal parti politique du pays et la formation la plus à droite, foncièrement hostile à l'Union européenne et à l'arrivée massive de travailleurs étrangers. « Les excédents en milliards montrent que nous payons beaucoup trop d'impôts », lâche dans la presse Claudio Zanetti, député UDC de Zurich.

Résultat, deux des principaux quotidiens francophones s'accordent sur les titres : « La Confédération embarrassée par ses milliards », écrit Le Temps de Lausanne. « L'embarrassant excédent en milliards d'Ueli Maurer, affirme de son côté La Tribune de Genève. En Suisse comme ailleurs, la politique est un monde implacable. Sachant que le plus incongru, c'est que tous les partis politiques sont représentés au sein du gouvernement à Berne : deux socialistes, deux libéraux-radicaux, un démocrate-chrétien et deux UDC.