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Swiss Koo dépoussière le célèbre coucou suisse

Savoir-faire

Deux designers vaudois réinventent avec modernité la folklorique horloge helvétique.

Les personnes atteintes de chronomentrophobie — peur excessive des horloges — devraient réfléchir à deux fois avant de glisser un pied dans le petit atelier de Swiss Koo à Renens. Dès l’entrée, le visiteur fait face à une nuée de coucous suisses aux teintes des plus éclectiques. Perchés sur un immense mur, ils répètent méticuleusement une partition immuable, celle du temps qui passe.

Trois ans se sont déjà écoulés depuis que Martino D’Esposito et Alexandre Gaillard, deux designers vaudois, ont vendu leur premier coucou suisse, dépoussiéré des affres de son histoire. Inventée en Allemagne en 1738, la pendule au petit oiseau s’est démocratisée et exportée dès 1920 grâce à l’entreprise suisse Löetscher, jusqu’à devenir un objet du folklore helvétique.

Moderniser du patrimoine, un crime de lèse-majesté? «Pas du tout, répond Alexandre Gaillard, cofondateur de Swiss Koo. Nous l’avons fait évoluer.» Les deux designers tiennent à conserver l’aspect folklorique en y ajoutant une touche moderne par le niveau de détails, le choix des matériaux et celui des couleurs. Le mécanisme reste, lui, très archaïque. «Nous vivons dans un monde où tout est technicisé ou numérisé et ça nous échappe. Pour le vinyle, il y a un disque, une aiguille, des sillons, nous comprenons comment ça marche. Le coucou c’est pareil, il y a le mécanisme, le soufflet, c’est un objet simple, que l’on peut appréhender et je pense que cela rassure», souligne Martino D’Esposito, cofondateur de Swiss Koo.

«Nous nous étions trompés de cible, nous pensions vendre à des touristes alors que notre clientèle est principalement locale»

A l’heure des horloges en plastique et des coucous high-tech connectés, les deux entrepreneurs ont décidé de miser sur le low-tech. «Nous nous sommes demandé s’il fallait faire un coucou qui chante quand la personne reçoit un message, raconte Alexandre Gaillard. Mais ça n’aurait été qu’un gadget de plus alors que nous voulions vendre un coucou artisanal, fabriqué à Lausanne.»

Un choix qui a évidemment un coût: il faut compter 485 francs pour le modèle le plus simple et jusqu’à 1785 francs pour le perchoir horloger le plus complexe. Un prix supérieur aux autres coucous des magasins de souvenirs qui refroidit souvent les touristes. «Nous nous étions trompés de cible, nous pensions vendre à des touristes alors que notre clientèle est principalement locale. Peut-être que nous visons des personnes un peu aisées, mais surtout des gens qui comprennent la qualité de nos coucous et qui sont prêts à mettre les moyens pour cette qualité», précise Martino D’Esposito.

Le duo prévoit de vendre environ 500 pièces cette année. Un succès qui amuse Alexandre Gaillard: «Nous avons des clients qui en achètent plusieurs, nous nous demandons où cela va s’arrêter. Ils en ont peut-être dans leur cave, dans leur voiture et dans leur salle de bains.»

Les deux amis aiment raconter que ces coucous sont la suite des cabanes dans les arbres qu’ils construisaient dans leur enfance, car ces deux grands gamins, alors âgés de 10 ou 11 ans, nichaient l’un en dessus de l’autre dans un immeuble nyonnais. «Il y en avait un qui tenait le clou et l’autre le marteau», image Alexandre Gaillard.

Profs à temps partiel

Les deux hommes sont aussi professeurs à temps partiel à l’ECAL. Une sécurité financière, mais pas seulement. «Nous avons 40 ans tous les deux. L’ECAL nous permet de garder un pied dans ce qui est actuel», explique Martino D’Esposito. «Enseigner c’est bon pour l’esprit et tout cela déteint sur l’entreprise», renchérit Alexandre Gaillard.

Avant Swiss Koo, les deux designers ont fait leurs armes auprès de grandes marques. Avec réussite, puisque certains de leurs objets ont été exposés au MoMA de New York. Ce monde a vite rebuté les deux artistes, car ils perdaient le contrôle du produit. «Notre agence s’appelait D’Esposito & Gaillard, il n’y a pas plus nombriliste et débile que ça, avoue Martino D’Esposito. Maintenant, nous avons lâché un peu d’ego et ce qui compte c’est le produit et que les clients soient contents.»

«Le prochain objectif est d’avoir notre propre magasin. Un petit atelier en miniature pour que les gens voient notre travail»

Cette expérience pousse les deux hommes à vouloir contrôler leur création de A à Z. «Le prochain objectif est d’avoir notre propre magasin. Un petit atelier en miniature pour que les gens voient notre travail.» A Lausanne bien sûr! Les deux amis préparent d’ailleurs un modèle thématique sur la capitale vaudoise.

En se remémorant la réaction de leurs proches à l’annonce de leur projet de fabriquer des coucous, les deux compères éclatent de rire.

«Ils pensaient tous que nous étions un peu fous, mais parce que c’était fou de penser que des touristes allaient nous acheter ces horloges. Heureusement, comme nous étions déjà un peu artistes, ils nous excusaient, comme si nous étions déjà un peu condamnés.»

Infos:www.swisskoo.ch (TDG)

Créé: 06.05.2017, 10h46