L’avenir de la presse suisse passe par le digital

Les apports de la publicité doivent être remplacés par de nouvelles ressources telles que les conférences et l’événementiel. Or, la Suisse concentre un grand nombre d’événements de portée mondiale, estime Patrick Aebischer

La récente disparition du journal l’«Hebdo» a frappé les esprits en Suisse romande. La diminution drastique des recettes publicitaires explique en grande partie cette décision. Cette tendance ne va pas s’améliorer, en particulier pour les journaux qui ont un lectorat limité telle qu’en Suisse romande. Il est donc urgent d’inventer un nouveau «business model».

Selon une toute récente étude de l’ACPM (alliance pour les chiffres de la presse et des médias), la lecture de la presse sur support numérique (53%) a dépassé pour la première fois celle sur format papier (47%). Ce constat est une excellente nouvelle, car il confirme la disparition progressive de la limitation du support physique. Désormais, c’est la qualité de l’information et non le support qui compte, les barrières entre les différents supports ne cessant de s’estomper.

Le multilinguisme comme horizon

En parallèle, les progrès technologiques offrent de nouvelles opportunités. Les avancées de l’intelligence artificielle sont suffisamment importantes pour envisager que la traduction automatique assistée d’un bon éditeur devienne une réalité dans un avenir pas trop lointain. Ce développement devrait permettre de s’affranchir de la dimension linguistique et d’atteindre un lectorat beaucoup plus important. La Suisse, avec sa tradition polyglotte, qui comprend également l’anglais, constitue un formidable terreau pour une offre multilingue d’un journal.

Le récent développement du «big data» permet d’améliorer la qualité et le «fact checking», et ce d’autant plus s’il est associé à du «crowdsource editing» à l’image de ce que réalise par exemple Wikipédia. Fait révélateur, la première décision de Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, lorsqu’il a acquis le «Washington Post» a été d’engager des spécialistes du «big data». Combien de journalistes suisses maîtrisent efficacement ces nouveaux outils?

Les apports de la publicité doivent être remplacés par de nouvelles ressources telles que les conférences et l’événementiel. Or, nous avons en Suisse de beaux exemples d’events mondiaux – et profitables – tels que le World Economic Forum.

Pour les fondations, contre les subventions publiques

Ne nous focalisons pas trop sur les événements régionaux. Osons l’ambition. Elaborons le futur du divertissement, du sport ou de la gouvernance internationale au travers de la présence en Suisse d’événements de portée mondiale dans le domaine de la culture (Montreux Jazz Festival, Verbier Festival, Art Basel etc.) ou du sport avec la présence sur l’arc lémanique de la majorité des organisations sportives mondiales ou des organisations internationales à Genève. Autant d’opportunités à saisir pour la Suisse, et la Suisse romande en particulier.

La Suisse est le pays qui a le plus de fondations au monde par habitant, y inclus de très grandes. Avec une ambition globale, il sera plus facile d’approcher ces fondations en leur demandant de contribuer à la création d’un «endowment» qui permettrait, entre autres, de financer la composante régionale de l’information.

Dans tous les cas, évitons à tout prix le piège du financement de la presse par des subventions publiques. Le monde a un grand besoin de ce quatrième pouvoir que constitue la presse. Son indépendance du pouvoir politique est vitale pour le futur de nos démocraties.

La Suisse a été lente à embrasser la révolution digitale, sa presse encore plus. Nous en payons le prix aujourd’hui. Il est donc urgent de réagir.