Bien sûr, les rentiers AVS en France et les frontaliers suisses qui font leurs courses en France se frottent les mains, et certains ont même vidé les distributeurs d'euros en Suisse. Mais c'est marginal.

Plus étonnant de voir les frontaliers ( les français travaillant en Suisse) se frotter les mains en souriant, en semblant oublier que si la monnaie suisse reste trop longtemps à un taux élevé, l'économie en souffrira, et les premiers qui seront licenciés .. ce seront les frontaliers français, allemands, italiens ..

Une bonne partie du monde occidental frise ou entre en récession. C'est le cas des Etats-Unis, de la zone Euro notamment. La Suisse est également menacée. Il est important de noter que ce sont les taux longs ( les taux auxquels la Banque Nationale Suisse emprunte à 7, 10 ans) qui sont négatifs en Suisse, et non plus les taux courts comme à l'époque où un intérêt négatif de 12% avait été mis sur les dépôts étrangers.

Et surtout, c'est la crédibilité de la zone Euro dans son ensemble, tiraillée entre une Allemagne dont les résultats sont optiquement excellents mais la réalité plus complexe, et une Grèce qui n'en peut plus de subir une crise dûe au dogmatisme monétaire de la BCE.

En France, nous  avons connu d'innombrables dévaluations, méthode quasi indolore pour relancer la compétitivité au détriment de l'étranger .. et des rentiers. Méthode bien connue, on nie farouchement jusqu'à la veille et on annonce le lendemain. Mais voilà avec  l'euro, on ne peut plut. ET ca manque. 

Ce n'est pas tout à fait cela que vient de faire la BNS. Il ne s'agit pas de "réévaluer" le franc Suisse pour des raisons internes à la Suisse. Il s'agit de cesser de lutter pour éviter l'inévitable dévaluation de l'Euro, qui est poussée par le bon sens, la politique de la zone Euro, et la plupart des spéculateurs.

La décision, malgré son caractère violent, n'a rien que de naturel. Le cours de 1,20 CHF pour 1 euro était totalement artificiel. Il ne tenait pas compte de la catastrophique dégradation de l'économie de la zone euro.

Et ce n'est pas fini comme dirait l'insupportable publicité. D'ici Jeudi, il est probable pour ne pas dire certain qu'un programme de quantitative easing soit annoncé par la BCE. En clair, un retrait de liquidités du marché, organisé par la BCE, afin de redonner un peu d'inflation qui est - en l'absence de croissance, la seule chose qu'on a trouvé pour masquer la déflation. La qestion qui se pose, et que la Suisse se pose est celle du volume. 500 milliards d'euro ou le double.

Dans tous les cas, il y a fort à parier que la nouvelle référence du franc suisse sera un panier dollar, euro, yen. Une fois de plus la Suisse montre qu'elle pense global et non pas repliée sur la zone euro dont elle ne fait pas partie.

Probable aussi que le cours euro/franc suisse se stabilise vers 1,10 CHF/euro sauf à imaginer un krach euro non pas contre CHF mais contre le monde entiers, hypothèse  toujours possible.

Une fois de plus  l'économie Suisse devra s'adapter. Une fois de plus les Cassandre, les mêmes qui expliquaient que la Suisse ne résistera pas à une non entrée dans l'EEE annoncent les cinq plaies d'Egypte et la solution "UE" comme unique solution.

Quel manque d'imagination !

Ce qu'on peut noter c'est que le rôle de "place financière refuge" et non pas de "paradis fiscal" de la Suisse se confirme, puisque malgré la levée du secret bancaire, les investisseurs continuent de placer en Suisse et en Francs Suisses.  

Ceux des clients historiques des banques suisses qui se sont régularisés sans rapatrier ni changer leurs fonds rient. Ceux qui ont choisi de faire confiance au pays qui les régularisait et ont rapatrié et changé en euros leur épargne rient moins.